Il y a quatre ans et dix jours, à Belleville, en plein Paris, Sarah Halimi, 65 ans, est réveillée brutalement par un de ses voisins, sauvagement battue, lynchée sur son balcon puis défenestrée aux cris de “Allah u akbar“. “J’ai tué le sheitan” (le diable, ndlr.) hurle son meurtrier après avoir assassiné cette femme, parce que juive.

La victime, qui manifestement craignait son voisin depuis des années, a subi les sévisses de son bourreau pendant une quarantaine de minutes, pendant que celui-ci en la frappant récitait des versets du Coran.

Tous ces éléments, l’acharnement et les cris, permettent assurément de conclure du caractère antisémite du crime, qui ne saurait être reconnu autrement que comme tel. Or, la justice a pris la décision d’une part, de ne pas reconnaître la circonstance d’antisémitisme, et d’autre part de considérer que cette affaire ne mérite pas de procès !

En plaidant la folie, la possession “d’une force démoniaque”, l’assassin de Sarah Halimi, Kolibi Traoré, souhaitait se soustraire à la justice. La défense demandait à ce que soit reconnue l’abolition du discernement du meurtrier, notamment en raison de sa consommation de cannabis. Ce que la cour d’appel finira par retenir, en raison de contre-expertises allant dans ce sens. Il y a une sorte d’inversion, Sarah Halimi n’est plus la victime de son tueur, c’est son tueur qui est la proie d’une “bouffée délirante” après avoir délibérément absorbé de la drogue.

Par ailleurs, en méconnaissance des expertises, la cour d’appel de Paris a rejeté la circonstance aggravante d’antisémitisme. En effet, même les contre-expertises qui allaient dans le sens d’une abolition du discernement reconnaissaient que la judéité de Sarah Halimi avait joué un rôle dans son meurtre.

Comprenez par la jurisprudence Kolibi Traoré : il est possible de se libérer de sa responsabilité pénale en fondant sa défense sur la consommation d’une drogue – qui, en temps normal, conduirait à une circonstance aggravante. On peut donc, en France et au XXIème siècle, en toute impunité assassiner une mère de trois enfants, grand-mère, juive, à la retraite, en ayant préalablement pris le soin de consommer une substance illicite.

Le sentiment de solitude que ressentent les français de confession juive n’a jamais été si profond, face au silence du reste de la société face à ce crime, et d’autant plus face au verdict de la justice française qui ignore incontestablement le droit à Sarah Halimi et à sa famille à un procès.

L’Union française contre l’antisémitisme demande à ce que justice soit rendue et apporte son soutien à la famille de Sarah Halimi. Le rejet du pourvoi en cassation confirmant le raisonnement de la cour d’appel est inacceptable. La réponse pénale à de telles atrocités doit être rigide et ferme, sans quoi la France abandonne ses compatriotes juifs.

Sarah Halimi, tuée parce que juive.